Lilian J.
... tinkerer since 1971

En 1900... les gens


L'histoire, ce n'est pas que des dates, mais aussi des gens...

Suite de la série sur ce lot de plaque de vide-grenier, le premier article est ici.

Et c'est une vraie chance d'avoir trouvé ce lot de plaques photo, car on a vraiment une fenêtre ouverte sur le passé !

La photo était alors quelque chose de relativement nouveau (et cher) : pas de selfies et les poses étaient prises très au sérieux.

En effet, vers 1900, la photo démocratisait ce que seule la "haute" société pouvait s'offrir : avoir son propre portrait.

La photo avait alors remplacé la peinture, et arrivaient les portraits-cartes (lesquels ennuyaient prodigieusement Nadar) répandant la pratique. Puis vint la diffusion d'appareils et de techniques (la plaque sèche Lumière) grand-public : la photographie devint alors courante.

Le principe est simple : on glisse les plaques vierges dans des châssis, puis pour chaque photo, on charge l'appareil avec un châssis neuf. Clic.

Il est possible de développer plus tard, voire même quelque mois plus tard, contrairement au collodion qui devait être préparé et développé tout de suite.

exemple de plaques Lumière 9x12

Il fallait s'habiller, mettre un décor en place... mais, pas toujours, quelquefois la photo s'affranchissait des conventions, et c'est alors presque de la photo sur le vif !

Ceci étant, les plaques photos (en verre fin) étaient fragiles, chères, et il fallait développer, puis tirer... ou projeter. Ici, nous avons un lot de plaques 9x12, donc grandes, et l'appareil ressemblait probablement à ceci :

 

crédit www.antiq-photo.com

Pas donné, même aujourd'hui ! La personne ayant pris ces plaques n'était peut-être pas un professionnel, en effet, la mise au point n'est pas parfaite sur certaines plaques, comme les portraits, par exemple.

Au vu de l'ensemble, je pencherais plutôt pour un commerçant/notable aisé, faisant poser son entourage, et n'hésitant pas à se déplacer sur le terrain... mais qui sait ?

Ainsi, une chambre de voyage, pliante, a permis en 1900 une belle vue de la porte du Jerzual à Dinan, (me laissant penser que tout le lot est de la région Dol/Dinan/St Malo...) :

Fortement sous-exposée, j'ai beaucoup poussé les réglages sous Gimp, mais on a quelque chose ! Remarquez la végétation, les murs, les maisons et les toitures : rien n'est touristiquement propret comme de nos jours, aseptisé. C'est brut.

Suit une belle série de portraits, pris à la propriété, ou aux alentours...

Une bien belle pose académique, bien sérieuse, très début de siècle :

L'escalier donne accès à un jardin, comme nous le verrons plus loin.

En groupe (promenade, matériel photo dans la sacoche ?) :

La personne de gauche figure sur trois photos. Et remarquez l'enfant et son bâton... A pas l'air commode...

Ombrelles, canotier, bottines, coiffures, oeillets... pas de doute, on est bien en 1900.

Les deux femmes ont l'air liées, des soeurs, cousines ? Le mari de l'une d'elle, au milieu ? Le mystère restera, c'est sa seule photo...

Une autre, avec les deux femmes justement, au pied d'un étang :

A la propriété, le jardinet (que l'on devinait au bout de l'escalier du tout premier portrait) :

Mais l'on ne fait pas que des photos convenues, bien au contraire :

Très sympa ! Il y aura d'autres photos dans cette cour.

Séance studio, nous serions presque chez Harcourt :

A quoi pense-t'elle ?

Très beau portrait, visiblement soigné, la personne est parfaitement mise en valeur par le flou du fond, l'éclairage est parfait :

Ce qui nous permet de voir ce beau regard, les différents tissus drapés, le col, les petits cheveux échappés... magnifique.

La personne suivante devait être importante, car elle a le droit à 5 plaques toute seule, la première me faisant irrésistiblement penser à un Manet :

Aux chenêts, en couturière :

A l'office (remarquez la sonnette, les mesures/pots en fer-blanc et l'appareil de l'autre côté du mur) :

Quand au chausse-pied sous la râpe... ???

On pose dans la cour :

Belle robe à corset, chignon et ombrelle :

Une autre personne, avec ces trois plaques dans la cour intérieure. Tout d'abord, elle utilise un appareil de vue stéréoscopique :

Dans l'encadrement de la porte, juste derrière... ce regard... :

Eh bien, eh bien... :

Le mestre de céans ?

Le palefrenier  est derrière, tenant le cheval. Il s'agit probablement de la maison ci-dessous :

Un couple, des invités ? Peut être, peut être pas...

Puis ce bambin(e), tout droit surgi du passé !

Changement de lieu, et de bâtiment.

L'assemblage des pierres est plus grossier, les barreaux à la fenêtre, l'anneau au mur pour le chien/cheval, la fourche dans le bac... tout laisse penser à un corps de ferme.

Qui est cette personne, de la famille du propriétaire ? Au lieu d'un commerçant, ce serait un propriétaire terrien... ou un commerçant visitant la campagne alentour... qui sait...

Les deux portraits qui suivent m'ont beaucoup touché... les personnes photographiées, leur simplicité, les non-dits...

D'abord, cette personne, agée, on devine une vie de labeur dans ce visage, ce regard et ces mains. La simplicité de la mise, de la pose...

Et ces mains, sagement croisées :

La lavandière également m'a beaucoup touché :

Un travail ingrat et dur, par tous les temps, dans l'eau glacée... elle détourne la tête, se sait-elle prise en photo ?

Retour à la propriété, avec une des domestiques, que l'on a déjà vue à la descente du train ici. Toujours ces mains croisées...

Sa coiffe ressemble bien à une Polka, portée vers 1900-1914, en Ille-et-Vilaine. Plus pratique, elle remplacera les coiffes traditionnelles :

Cela permet de dater approximativement les photos.

 

Comme je mentionnais au début, c'est une chance d'avoir ces plaques, car elles nous font voir un passé révolu à jamais, et nous permettent de voir ces gens, ces visages, ces regards, avalés par le temps et les années.

C'est aussi une chance, car ces plaques en verre de 1mm d'épaisseur nous sont parvenues quasi intactes, dans une simple boîte de clous de couvreur. Restées intactes depuis 120 ans, deux guerres mondiales et leurs bombardements...

C'est aussi une chance, car la technologie informatique en autorise le scan, les réglages et retouches, révélant une foule de détails difficiles à voir à l'époque.

C'est aussi une chance, car Internet permet le partage de ces images, restées cachées toutes ces décennies au fond d'une boite, et qui auraient pu le rester encore de longues années...

 

Il reste encore des plaques, d'ailleurs... @ la prochaine, donc !

2 commentaires

#1  Le jean claude colin a écrit :

Lilian
Merci pour ce voyage au début de la photographie,
alors que de nos jours l'image est devenue banale avec
le numérique.
JC Colin

Répondre
#2  Le Lilian J. a écrit :

Merci JC !

Effectivement, à l'époque c'était cher et moins pratique qu'aujourd'hui, pas question de prendre 100 photos pour en avoir une de bonne !
En tout cas, de belles images d'alors, une autre époque...

@ suivre !

Lilian J.

Répondre

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